Chic, le Shinkansen à 300 km/h (et Fuji en prime)

Le Shinkansen, c’est un train qui ressemble à un avion.

Mais qui est beaucoup mieux qu’un avion.

Car on ne vous emmerde pas avec les 100ml de liquides maximum et ‘non madame vous ne pouvez pas emporter votre Saint Félicien car il est coulant et donc non-solide et donc je dois le réquisitionner’ et être là 2h avant et le screening sécurité où limite si on vous déshabille complètement et ne pas perdre son billet car il faut le montrer 10 fois et ‘madame il n’y a plus de place en cabine, nous allons mettre votre bagage en soute’… et sans parler des embouteillages pour y arriver, à l’aéroport!

Bref, le train, c’est bien. Le Shinkansen, c’est zen.

Surtout si vous avez un JR Pass que vous avez acheté avant de partir. Ou alors vous avez un budget ‘transport’ considérable, car une traite d’une 1/2 heure peut coûter allègrement 60€ (en 2e).

 

 

Mais ‘first things first’, commençons par le début.

Le Shinkansen, aussi appelé Bullet Train, veut littéralement dire ‘Nouvelle Ligne Principale’ car sa construction à débuté en 1964 (!!!) avec le premier tronçon de 500km entre Tokyo et Osaka.

Il dessert aujourd’hui 20.000 km et peut arriver à une vitesse de pointe de 320 km/h sur certaines lignes.

Ce qui en language touriste, veut dire que vous pouvez explorer TOUT le Japon en train!

Car au delà des lignes rapides, le JR Pass couvre l’essentiel du réseau national, ce qui vous permet d’arriver jusque dans des bleds perdus comme Hotaka, lorsque je suis allée visiter la ferme de wasabi.

Avec une ponctualité inouïe: les haltes en gare ne durent que quelques minutes et vous avez intérêt à être déjà à la porte si vous sortez, ou, bien alignés devant le marquage au sol qui indique exactement où s’arrêtra votre voiture (wagon, en Belge) pour pouvoir monter immédiatement une fois les autres passagers débraqués.

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Avec un meilleur confort qu’un Airbus 380, car ici, plein de place pour les jambes, une double prise pour charger vos joujoux électroniques (que vous ne devez pas mettre en ‘mode avion’, par contre on vous demande de téléphoner dans les cabines entre les voitures) et des sièges dont le dossier est basculable selon que vous préfériez voyager dans le sens de la marche ou pas. Équipés de toilettes hyperpropres (à ce propos, #Thalys ferait bien d’aller faire un tour pour voir comment s’améliorer) et avec des messages défilants + audio tant en japonais qu’en anglais. Il n’y a pas encore de Wi-Fi gratuit à bord, mais c’est le cas dans la majorité des gares.

Avec une petite madame, tablier fleuri croisé dans le dos, qui passe avec son chariot et vous propose boissons chaudes, bentos et parfois même glaces.

Et avant de passer dans la voiture suivante, elle se retourne vers les passagers et…s’incline gracieusement en un ‘light bow’ respectueux. À toutes les voitures. À tous les passages. Et les chefs de train, pareil.

Seul hic: et bien, à moins de traverser tout le Japon dans sa longueur en une seule fois, les trajets…se terminent trop vite. Et du coup on a envie d’en reprendre un autre!

Ce qui est vite décidé, grâce à l’App ‘Hyperdia’ -à ne télécharger que lorsque vous arrivez car elle est gratuite 30 jours à partir du downloar, après c’est payant- qui vous fournit les itinéraires et corréspondances compatibles avec votre JR Pass. (Merci Dédé)

Et ça a donné: Tokyo, Nagano (Hotaka), Matsumoto, Kyoto, Osaka, Nara, Osaka, Koyasan, Osaka, Naoshima, Hiroshima, Miyajima, Himeji, Hakone (vue sur Fuji), Tokyo.

Et ensuite, vers le nord, à Hokkaido…où je vais troquer les rails pour d’autres traces…de poudreuse, en snowboard!

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Et si vous voulez voir le Mont Fuji sans bouger le petit doigt, prenez le Shinkansen entre Shizuoka et Tokyo et asseyez vous du côté gauche par rapport à la marche du train: si nuages et brumes ne sont pas de la partie, vous aurez droit à son joli chapeau tout blanc (en Hiver).

Noël dans un Temple Bouddhiste

En bonne Italienne, la période de Noël est pour moi synonyme de moment où toute la famille se réunit et l’on prépare ensemble les plats traditionnels tels que les « Agnolotti al Sugo di Arrosto » (ravioles avec une farce de rôtis, patiemment préparés par LaMamma et servis avec le jus du rôti de veau au lait) en bavardant dans la cuisine, pendant que les petits neveux courent autour du sapin et essayent de caresser le chat qui, lui, n’est pas du même avis.

Amour & Bouffe. La frontière entre les deux étant très floue.

D’ailleurs, mes cadeaux de Noël à mes proches de cœur avant de partir, c’était ça:

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Alors cette année, vu que je suis loin de ma famille et de l’autre côté de la terre, qui plus est dans un pays dont les religions Bouddhiste, Shintoïste et Catholique cohabitent allègrement, je me suis dite que, tant qu’à faire, j’allais la faire complètement différemment.

Depuis Kyoto, après avoir vu Nara et son Buddha géant -Daibutsu- assis au beau milieu de son Parc rempli de Bambi qui vous chipent votre goûter (Todaji Temple & Nara Park), j’ai décidé d’aller me retirer sur le Mont Koya.

Koyasan est un endroit sacré où le moine Kobo Daishi, aussi appelé Kūkai, une des plus grandes figures religieuses du Japon aujourd’hui vénéré en tant que bodhisattva, a fondé ici l’école Shingon du bouddhisme ésotérique en 816.

Il serait entré en méditation éternelle il y a plus de 1000 ans dans ce qui est aujourd’hui son Mausolée, situé tout au bout de la splendide allée sous les cèdres centenaires de Okunoin où se suivent tombes et stèles recouvertes d’une mousse vert brillant.

Bref, un peu notre ‘San Pietro’ à Rome.

Plusieurs temples offrent une solution d’hébergement aux visiteurs qui sont arrivés jusqu’ici, à presque 1000 mètres s.n.m. après un voyage en train/cablecar-hyper-raide/bus/marche.

Cela s’appelle un ‘Shukubo’ et en plus du logement, un à deux repas (généralement le petit déjeuner) selon la traditionnelle cuisine végétarienne bouddhiste appelée shojin-ryori (sans viande,poisson, ail ni oignon) sont inclus.

Via Booking, j’ai ainsi trouvé le « Fukuchi-in », magnifique temple entouré d’un jardin zen avec onsen (bain thermal / salle de bain commune) interne & externe.

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Et vu que c’est Noël, je me suis faite plaisir et j’ai fait péter le champagne -façon de dire, car ici, c’est au thé que j’ai festoyé avec me, myself & I- et me suis offerte une belle chambre traditionnelle avec tatami, futon et tout et tout.

Et un repas du 24 soir digne d’un sumo…végétarien!
Sur ce, je dois tirer mon bonnet en pilou bien bas au chef, car avec tant de ‘sans’ (viande, poisson, ail etc) le repas qui m’a été servi avait une variété de textures et de saveurs s’approchant de celles absentes et travaillées avec la qualité d’un étoilé.
Le tout en petites portions pour pouvoir tout goûter, superbement présentées dans des porcelaines ou laques choisies pour mettre en valeur le met.

J’ai découvert ensuite, que le tout est également équilibré du point de vue nutritionnel pour apporter au corps tous les nutriments essentiels. Bouillons vitaminés, protéines végétales, légumes fermentés, algues et alginates en tout genre, tempura de champignons et autres petits légumes sauvages, et toujours la petite prune umeboshi qui fait du bien au boubou aussi.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ont inventé le Goma-tofu. Un tofu fait à base de sésame broyé en poudre impalpable (cette tâche ingrate était attribuée aux novices qui « devaient se faire les os ») et de kuzu, pour son pouvoir épaississant. Leur apportant la quantité nécessaire de calcium assimilable et de vit.E.

Du même aspect que l’insipide tofu mou que nous connaissons tous, celui-ci à une saveur délicate de sésame et se mange à peine trempé dans un peu de tamari, avec du wasabi frais râpé dessus.

Un vrai délice: je tenterai la préparation au retour dans ma cuisine.

Ils ne mangent pas si mal les moines!

Parmi les autres activités proposées, une séance de calligraphie: le recopiage des Sutras (prières) à l’aide d’un pinceau de calligraphe est un exercice très relaxant.

Assis par terre devant un petit pupitre, le moine distribue des feuilles avec le motif à parcourir (et dans mon cas, en plus, une traduction du Sutra en anglais pour que je comprenne ce que je retranscris). Chaqu’un ajoute sur sa feuille son ‘souhait’ (wish), son nom et la date. Puis commence le retraçage des caractères japonais qui pour moi s’apparentent à des dessins, de droite à gauche s’il vous plaît. J’ai beau m’efforcer, je n’en reconnais et identifie les sons que de quelques-uns.

Mais ce n’est pas le but, et l’exercice a un effet apaisant.

A la fin de la séance, toutes les feuilles sont recueillies dans une boite en bois. Et la prière rituelle du matin suivant sera adressée à éxhaucer les ‘whish’ consignés sur les papiers.

C’est d’ailleurs comme cela que j’ai commencé la journée du 24 décembre: réveil à 05:30 et à 6:00 avec les moines dans une brume d’encens qui s’est estompée avec les premiers rayons de soleil de cette froide journée d’hiver.

Ah oui. Détail important. Si les chambres sont chauffées par des réchauds au gaz/airco, le seul autre endroit ‘chaud’ dans un temple en hiver, c’est le Onsen.

Le reste, étant ouvert aux quatre vents ou alors séparé par une feuille en papier, est à peine à quelques degrés en plus que la température extérieure. Qui ces jours-ci était à 4°C.

Et quand les toilettes sont au fond du loong couloir gelé…et bien on y pense deux fois à sortir de sa couette la nuit. C’est d’ailleurs dans ces cas là qu’on apprécie toute l’utilité de la lunette de WC chauffante!!!

Il faut savoir à ce sujet, qu’en été le Japon est hyper-chaud, 40°C faciles, et très humide.

Les japonais partant du principe très pragmatique que, quand il fait froid, on peut toujours se couvrir, mais l’inverse n’est pas vrai…et bien toutes les constructions sont étudiées pour maximiser la circulation d’air et garder la structure fraîche en été (juillet-septembre).

Et tant pis si il fait froid en hiver, on rajoutera une couche de plumes.

Le double vitrage on ne sait pas ce que c’est….Ah oui, et pas de ‘chauffage’ tel que nous le connaissons avec des radiateurs.

Mais cela est plus lié aux tremblements de terre fréquents: donc tuyauteries réduites au minimum indispensable, souvent apparentes pour pouvoir repérer facilement une fuite.

Il en va de même avec les câbles électriques dans les rues, qui pendent généralement en de joyeux gribouillis de fils. C’est plus facile à reconnecter si il y en a un qui lâche pour une secousse un peu plus forte.

Smart.

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De Tokyo à Kyoto au fil de l’O

Si de Tokyo à Kyoto un échange de lettres suffit, ces deux villes ont peu en commun, du moins de la façon dont je les ai expérimentées jusqu’ici -c’est à dire que je n’ai vu que la partie décentrée de Tokyo (Harajuku & Ueno).

Pour le reste de l’exploration de la capitale, ça se fera en phase 2, vers nouvel an, en compagnie d’amis chéris à qui je dois le choix de cette (époustouflante) destination!

Tokyo avec ses grands immeubles, ses magasins qui ne sont pas ‘grands’ – ils sont immenses, ses flux de personnes bougeant telle une pulsation dans les artères de la ville, m’a laissé une impression de courtoise froideur.

Dans les grandes avenues de Omotesando, les marque de luxe mondiale se sont faites ériger leurs temples à la consommation et toutes, de Gucci à Tod’s, ont pignon sur rue.

Si la partie shopping m’intéresse peu, le parcours vaut le coup d’œil car ces écrins représentent également la carte de visite nombre d’architectes modernes internationaux: Tadao Ando, Kenzo Tange, Zaha Hadid, Herzog & de Meuron (Prada Building), Toyo Ito (Tod’s Building), Kazuyo Sejima and Ryue Nishizawa (Dior Building)….

Tout est extrêmement efficace et fonctionnel, ce qui relève du miracle surtout dans une ville de plus de 13,6 millions d’habitants -du moins pour moi venant de la hyper-chaotique capitale Belge où tout semble fait pour compliquer la vie de ses habitants: on ne leur arrive même pas à la cheville avec un tiers du quart de population à Bruxelles!

Autre élément qui m’a frappé: j’ai l’impression qu’au Japon il n’y a pas d’odeurs, ni bonnes ni mauvaises.

A part de bouffe et cela n’est pas pour me déplaire!


On dirait que les japonais ne ‘sentent’ pas et n’utilisent ni parfum ni déo. Même les savons/shampoings et affiliés ont une essence à peine perceptible. Ça sent juste le propre. Et c’est tant mieux.

Le plus surprenant est qu’on ne sent pas trop non plus les gaz d’échappement, ou d’autres odeurs citadines communes: une grande partie des véhicules est hybride et, à mon avis, ils doivent mettre du Febrèze dans leur gasoil pour les autres…ça ne s’explique pas autrement!!

Les villes sont également extrêmement propres (à nouveau, la comparaison avec Bruxelles est à se cacher de honte, malheureusement) et pourtant….pas une poubelle à un rayon de plusieurs centaines de mètres.
J’en ai demandé l’explication: et bien, à part qu’il est hors de question pour un Japonais de jeter ses ordures par terre, ils emmènent et jettent leurs déchets…chez eux. Il y a bien quelques poubelles (à tri sélectif), essentiellement sur les quais des gares où de nombreuses échoppes vendent aux voyageurs Bentos (lunch box) & Boissons, emballés en bon nombre de couches de papier/plastique.

Les Japonais adoooorent l’aspect ‘présentation’.

L’unité de quoi que ce soit est souvent emballée dans du film plastique (carottes inclues, une par une dans des sachets), ensuite rangée dans un ‘rack’ en plastique lui aussi, qui à son tour est déposé dans une boîte en carton, qui est elle-même emballée….uniquement dans du papier si on a de la chance.

J’ai testé avec une boîte de chocolats, que je pensais être une bête tablette: 45g de petits carrés de chocolat individuels et 55g d’emballage(s)!!!
Pour cela, au rayon écolo, peut faire mieux 😉 Fallait bien qu’il y ait quelque chose à leur reprocher hein!


Autre élément surprenant: malgré la masse, il y a peu de bruit(s).

Ni dans les rues, ni dans les gares.

On s’attendrait pourtant à un brouhaha vu la fourmilière qu’est Tokyo Station par exemple…et bien non.

Il y a bien deux situations extrêmement bruyantes.

Les « Pachinko », énormes salles remplies de files et files de slot machines devant lesquelles des cohortes d’hommes (essentiellement) hypnotisés dépensent temps et yens au nom du dieu « Chance », le plus souvent en fumant. Le cliquetis des machines atteint alors les décibels d’un avion en décollage depuis Zaventem!
Et l’autre cas se présente les vendredi soirs par exemple.

Sortis du travail après quelques pintes de « Biru » (bière) ou de verres de saké qu’ils supportent très mal faute de alcohol dehydrogenase (pour s’entendre, l’enzyme qui permet de métaboliser alcool et qui est fortement réduit dans le génome asiatique) les japonais laissent tomber l’étiquette hyper-codifiée avec laquelle ils composent toute la journée et se laissent aller à de grands éclats de rire.

Ils deviennent soudain extrêmement expansifs et communicatifs à des volumes qui leur auraient valu un noir regard de désapprobation de leur entourage en temps normaux.

Ils existe même un mot pour indiquer ce ‘laisser tomber la chemise’…faudra que je le retrouve dans le bouquin ‘Etiquette in Japan’ qu’on m’a prêté avant de partir!
Montrer son vrai ‘soi’ (=éméché) est un signe apprécié dans la lente et patiente construction d’une relation de confiance, spécialement au niveau professionnel. Aller boire des pots avec ses collègues est…du travail 😉

J’ai pu expérimenter agréablement la chose le premier soir que je suis arrivée à Kyoto.

Attablée au comptoir d’un TempuraBar, je sirotais mon verre de Asahi et lisait LonelyPlanet en attendant ma commande. Un couple de mon âge (jeune quoi 😉 ) s’assied juste à côté de moi: la fille à ma gauche et l’homme qui l’accompagnait à la sienne, de gauche. Tous les trois au coin du comptoir.
Je la sens m’étudier par courts regards, l’oeil en amande en biais.

5 minutes après, en un anglais parfait, elle me demande comment est-ce possible qu’une fille comme moi soit seule! Elle n’en revient pas.

« Quoi?! Une fille avec des yeux grands et des cheveux comme toi -bouclés, grand fantasme Jap’- est toute seule? C’est pas possible!! » Me dit-elle en posant sa main sur mon épaule, un geste totalement inattendu dans cette culture du contrôle émotionnel et physique. Qui me surprend.

J’ai beau expliquer que c’est un choix, celui de voyager en solo. Et que cela me convient très bien.
Que non, je ne me sens pas seule. Ni triste.

Au contraire.

La preuve, on fait des rencontres comme ça et cela n’arriverait (probablement) pas si j’étais accompagnée…A grands renforts de ‘kampaï’ (=Santé) à chaque gorgée de bière -c’est là que je me rends compte qu’ils doivent avoir quelques longueurs d’avance- de rires résonnants et de tapes sur l’épaule, on se raconte nos vies.

C’est comme ça que je découvre que les employés japonais n’ont que très très peu de jours de congé (entre 3 et 10 par an) et que beaucoup d’entre eux les utilisent, quand ils en ont les moyens, pour visiter l’Italie, leur destination de rêve.

Je comprends maintenant mieux le ‘tourisme à la japonaise’ tel que nous le percevons de l’extérieur en Europe: un marathon de grandes villes ou CityHopping, parfois deux sur la journée. Venezia, Firenze, Roma sont dans leur top 3. Avec Paris bien sûr.

Hemmm…du coup je m’observe un instant de l’extérieur.

A l’exception de Tokyo et Kyoto ou je passerai plus de 3 jours, le reste est fait au même rythme, ou presque! Matsumoto (1 nuit), Nara (en journée), Koyasan (2 nuits), Osaka (2 nuits), Naoshima (1 nuit), Hiroshima (en journée)…jusqu’ici.

Je suis décidément en train d’intégrer la culture Nippone!

C’est donc comme cela que s’est fait mon premier contact avec Kyoto, un (long) temps capitale du Japon et encore aujourd’hui référence en matière de Culture et art de vivre.

Kyoto est la ville où se forment les Geisha, qui lorsqu’elles sont apprenties, sont appelées Maiko. Leur quartier est appelé ‘Gion‘, sensuellement étendu le long des canaux qui parcourent le centre, est fait de maisonnettes en bois discrètes dont, la nuit tombée, on entrevoit à peine l’intérieur.

C’est ici que, au détour d’une ruelle, vous les croiserez. Kimono coloré, sandales en bois à chaussettes blanches et ornements dans les cheveux, marchant à tout petits pas, le menton haut et le regard doux. Chaque Maiko passe par une période d’apprentissage plus ou moins longue au cours de laquelle elle se spécialise en l’un ou l’autre art de divertir: danse, poésie…

Ma promenade tardive continue vers la ruelle étroite qui longe le fleuve et qui ne prend vie que une fois la nuit tombée, appelée Ponthocho.

Bars et restaurants s’alignent tout au long du collier de lanternes qui se déroule d’un pont à l’autre. Un endroit magique.

Kyoto compte une énormité de temples, tant Bouddhistes que Shintoïstes et de jardins Zen…

Il m’a fallu quand même faire une sélection et les ‘étoiler’ dans GoogleMap!

Cela ne m’a pas empêché de me perdre dans le grand ‘shrine’ du temple Kodai-ji: mais rien n’arrivant par hasard, c’est ainsi que j’ai fait connaissance avec Tanya, toute jeune sud-africaine qui a décidé de passer ses vacances en mode Work-Away au Japon. Nous avons enfin trouvé notre chemin, et… continué ensemble à explorer la ville jusqu’au soir.

Par beau temps, et idéalement au printemps pour profiter des cerisiers qui la bordent, la ‘Promenade du Philosophe’, le long d’un ruisseau au nord de la ville, vous sortira le temps d’une marche méditative du fourmillement sympathique de Kyoto.

Et deux endroits à peine décentrés sont incontournables si vous passez par là: La Bambouseraie de Arashiyama, et les tunnels de Torii de Fushimi-Ku.

Allez-y à l’aube si vous voulez éviter la foule d’autres touristes…comme vous!

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Plus de photos sur les comptes Instagram:   namastefi (tourisme) & madameciao (food)

 

Wasabi-farm à Azumino (Nagano)

Saviez-vous que le ‘wasabi’ vert fluo qu’on nous sert avec nos sushi n’est en réalité, le plus souvent, que du raifort commun avec du colorant?

Si les deux racines partagent la même famille des Brassicacées, comme avec la moutarde d’ailleurs, les connaisseurs vous diront que ce n’est pas la même chose.

Il y a une raison à cela: la racine de wasabi est extrêmement longue et fragile à cultiver (18 mois), demande une eau froide et purissime -d’où les ‘champs’ en bord de rivière au pied des Alpes japonaises-, doit se consommer fraîche et est rapidement périssable. D’où le tour de passe-passe.

Du coup, comment une Epicurieuse peut aller au Japon sans aller visiter une cultivation de Wasabi?

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C’est comme ça que j’ai atterri à la Daio Wasabi Farm à Azumino, dans la province de Nagano. Qui n’est pas derrière le coin si vous êtes à Tokyo, je vous l’accorde.

Mais JR Railpass aidant (carte à voyages illimités à acheter en Europe avant de partir) et vu que je visais Kyoto comme étape suivante, j’en ai profité pour faire un petit …hemm…détour. Et avoir ainsi l’opportunité de prendre le fameux Shinkansen, le train rapide arrivant jusqu’à 320 km/h !

Sauf que bon, mi-décembre n’est pas exactement ce qu’on appelle la ‘haute saison’ du wasabi. Ni des températures d’ailleurs: je suis arrivée à Hotaka -gare la plus proche- et il commençait à neiger.  Moi je suis flex, mais si vous avez les jours comptés, cela ne vaut pas le détour, surtout en hiver lorsque la moitié des attractions (parce que, oui, ils en ont fait un business, bien fait d’ailleurs) sont fermées.

Le voyage en soi, ceci-dit, valait le voyage!

Le train passe par les rizières au repos, grimpe sur les flancs des montagnes et la gare de Hotaka semble sortie de l’époque des Shoguns. De là, un taxi à 1300 yen (ou 30 min à pied par beau temps) et vous y voilà.

Le paysage de la ferme est magnifique, même à cette époque où la moitié des cultures sont couvertes par une ‘couette’ pour les protéger des brûlures du gel et de la neige.

Et à la fin de la visite, je n’ai pas résisté, il fallait que je goûte au moins la GLACE au WASABI: je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus fort…ça donne ça  😉

 

On se Ramen à 8…en file.

L’expérience était tellement marquante que cela mérite un billet en soi.

Après une fin d’après-midi passée à flâner dans le quartier shopping de Ginza -qui compte parmi la multitude de vitrines flashy quelques enseignes fort sympathiques telles que Itoya (7 étages de papeterie), le Mitsukoshi Store (Galeries Lafayette puissance dix) ou encore l’Apple Store (intéressant avec le taux de conversion du yen actuel), les températures en chute libre m’ont poussé à chercher un bon bol de nouilles au bouillon.

Révision rapide des adresses du quartier que j’avais ‘starred’ sur GoogleMaps et après avoir fait deux fois le tour du pâté en loupant la ruelle piétonne où se cache l’enseigne, je la repère enfin grâce à la file croissante de personnes qui s’est formée entre-temps.

Vous ne trouverez pas le nom du Restaurant Ginza Kagari.  en caractères occidentaux. Juste un ‘Soba’ lisible.

Notez-le si vous allez à Tokyo.  Et arrivez tôt. Et sinon, ayez le courage de faire la file.

Moi j’ai eu du bol, c’est le cas de le dire, je suis arrivée vers 19:45 juste au moment où la file débordait sur le trottoir. Et il m’a fallu une bonne demie-heure.

On viendra prendre votre commande déjà dans la file: efficacité maximum pour le roulement.

La raison de tant d’attente?

Et bien, il n’y a que 8 places à l’intérieur, disposées en U autour du comptoir en bois blond qui cache deux cuistots et une serveuse.

Et… les Ramen de Poulet (commandez le « Tori Paitan Soba ») baignent dans un bouillon crémeux et savoureux à tomber par terre, si ce n’est qu’on ne vous y laisserait pas longtemps car les suivants, dehors, attendent leur tour.

Et…le tout présenté de façon harmonieuse.

Et…l’addition est à 1000 yen (7 €). Juste la soupe. Les pickles et la carafe d’eau sont offerts.

Et surtout, n’oubliez-pas de « slurper » bruyamment vos ramen, baguettes dans une main, cuillère dans l’autre (on vous fournit un bavoir si vous ne voulez pas en faire profiter votre chemisier)…oui je sais, maman nous a appris à ne pas faire de bruit en mangeant.

Mais ici, encore une fois, tout ce qu’on a appris ne compte plus: plus vous faites du bruit, plus vous signifiez votre appréciation au Chef. 😉

Et qui plus est, en aéreant (comme pour le vin) votre bouillon, vous en savourerez pleinement tous les arômes!

O ichikatta desu! (-> c’était délicieux)

Tokyo, atterrissage.

Arriver à Tokyo, c’est atterrir dans une autre dimension. Et cela commence dès que vous sortez de l’aéroport pour prendre le train vers la ville.

Déjà, il faut savoir quel train et quel guichet! On a beau s’être informés avant, quand on arrive là et que 90% des textes sont des petits dessins très jolis mais incompréhensibles à l’européenne que je suis…et bien il y a quand même un petit moment de grande solitude.

Bon, MadameCiao n’a pas dormi sur l’avion, est jetlaggée, d’accord, mais on ne va pas se laisser abattre, surtout quand on a des prétentions de globe trotter dans des endroits bien moins civilisés par la suite.

Mode ‘Problem Solving ON’…Screening des alentours immédiats, analyse de la structure environnante et de la dynamique des flux de personnes, recherche rapide d’une logique qui interconnecterait logos, couleurs, …matcher les guichets avec les compagnies de transport…Je me lance et m’approche à un guichet où je reconnais le pingouin à fond vert, symbole de l’équivalent de notre Mobib (Navigo pour les FR), ici appelé Suica. Bon, au moins j’aurai ma carte de métro hein.

Je fais la file -ici on fait la file pour tout -bien rangés comme des sushis- et puis, lumière! Le gentil Môssieur-San parle anglais 🙂

Et du coup je reçois tout ce qu’il me faut comme explications : ma carte à Pingouin, mon ticket pour l’Express Liner vers la ville et un petit reçu. Le tout déposé respectueusement des deux mains dans un petit plateau au fond en poils caoutchouteux.


Je n’ai rien lu à ce propos dans le bouquin ‘Japan Étiquette’ prêté par un ami, mais l’omniprésence de ce plateau à monnaie dans tout type de commerce, du bouiboui à croquettes du marché, jusqu’aux comptoirs chicos de Mitsuoki à Ginza (équivalent local des Galeries Lafayette), me fait penser qu’il doit y avoir quelque chose derrière le fait de ne pas se passer de billet de main en main, mais plutôt de le déposer, respectueusement, avant que l’autre part impliquée dans la transaction ne le prenne.
Express Line, transbord vers le métro, un changement.   Il est 20:00 heure locale, dans ma tête..je ne sais plus.

Yess, les noms des stations sont écrits en anglais, comme la signalétique principale et les lignes de métro ont non seulement un code-couleur, mais également un ingénieux système de ‘code’ qui identifie la station. M17 pour la Tokyo Station.

Il n’y a pas grand monde à cette heure-ci, mais je me rends compte rapidement que les flux-piètons ont quelque chose qui cloche.
En fait, c’est moi qui suis à contre-courant, comme un koï qui se prendrait pour un saumon et remonterait le courant en faisant des Bubbhulles (poke Alain).

Ce n’est qu’en voyant plus tard les voitures avec le volant à droite (réminiscence de la présence Brit’ sur l’île) que je réalise que tout le reste est inversé aussi: on reste debout à gauche sur l’escalator, qui lui est sur la gauche pour monter. On se croise donc par la droite sur les trottoirs et surtout surtout dans les gares, si on ne veut pas se faire transporter malgré soi vers la sortie au lieu du quai, et bien…marche à gauche.

Ceci, avec le fait de n’arriver à RIEN décoder de ce qui est écrit en japonais participe à la sensation d’être retombée en enfance, quand on ne connaît encore rien aux règles et que les livres sont des objets mystérieux. Et même pire, certains dogmes chez nous, tels que l’interdiction absolue de faire du bruit en mangeant…et bien, sont ici signe d’appréciation.

Cela fait un sacré coup de gym à l’esprit, qui doit ajouter une nouvelle partition au disque dur là haut.

Mind blowing.

« But you like mind blowing experiences » commente un ami. Effectivement 😉
Et ce n’est que le début.

J’arrive sous une fine pluie au Tsubaki Hotel réservé via Booking (50€/nuit hors saison), dans le quartier tranquille et un peu décentré de Ueno. Immeubles à deux étages, vélos garés. 

Ma chambre fait 12m2 à tout casser, optimisés jusqu’au moindre recoin.

Y sont disposés, en toute harmonie feng-shui agréable: deux lits confortables avec kimonos bien pliés et tongs en paille, évier avec tout ce qu’on peut souhaiter quand on est une fille aux cheveux rebelles, minibar, coin à thé, cabine douche ample, toilette-Rolls Royce (j’y reviedrai) et une panoplie de boutons pour l’illumination/ventilation/chauffage. Plus efficaces que les Parisiens en termes d’optimisation d’espace!

Je me roule en maki sous la couette et savoure déjà les prochaines découvertes.

Ticket ‘Aller’ seul(e)

J’ai toujours eu la bougeotte…peut-être parce-que j’ai passé mes premières semaines de vie en passagère clandestine- à faire de la piste dans le Sahara à bord d’une Land Rover conduite par mon papa, avec pour seul GPS…un bédouin indigo. 

Ou parce que, bercée par les différentes langues parlées par ma maman, interprète à l’époque, je dois avoir cela dans le sang, d’être curieuse des autres cultures et de leurs façons de communiquer.

Bref, j’ai le ‘wanderlust’ (mot qui -by the way- n’est pas du tout utilisé par les Allemands, j’ai vérifié) en mode gène-dominant dans mes chromosomes.

Cette fois-ci c’est un voyage tant extérieur qu’intérieur que j’entame.

Il y a quelques mois j’ai quitté un travail qui n’était plus en harmonie avec qui je suis devenue. Et dans ce processus de métamorphose…je quitte aujourd’hui nid douillet, amis aimants, amant aimant, famille coquille, pour d’autres cieux.

Go East, life is peaceful east… 😉

Cela fait des années que l’Asie me fait du pied. Et l’avant goût que j’en ai eu au Népal (1998) et Vietnam (2013) devait avoir du glutamate dedans car depuis cette saveur de ‘reviens-y’ ne m’a pas lâché.

Donc voilà, bottines, sac à dos et quelques Miles en avion, j’arpenterai ce coin de notre belle TerraMadre pendant quelques temps.

Première étape: Japon | Tokyo

Sayonara!